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 » Si on met une graine dans la Terre sans sa peau, rien ne poussera ; mais si on la met avec sa peau, elle deviendra un grand arbre. Le corps aussi est de grande importance et de toute nécessité. Sans lui, on ne peut rien et on ne parvient pas au but.  » Djalâd-ud-Dîn-Rûmî.

Cette citation me guide tous les jours dans l’accompagnement des troubles du comportement alimentaire. Elle enseigne l’importance de prendre soin de son corps physique, afin que l’âme qui l’habite puisse s’épanouir et mener sa tâche sur Terre.

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont souvent méconnus et, dans la plupart des cas, mal compris. Pourtant, ils touchent plus de 10 % de la population. Dans les faits, les femmes sont beaucoup plus touchées (7 à 8 personnes sur 10 sont des femmes). Les hommes en souffrent également mais se cachent puisque, « mal vu » socialement.

Les TCA commencent généralement avant 35 ans et dans 70 % des cas touchent plutôt de « jeunes personnes ». Aujourd’hui, les structures de soin qui permettent d’accompagner et de soigner ces personnes sont rares. Ainsi, les structures associatives sont essentielles, puisqu’elles permettent de développer un réseau de professionnels formés à ces pathologies, d’accompagner et d’orienter les patients et les familles.

J’aimerais dans un premier temps vous décrire quelques-uns des TCA reconnus à l’heure actuelle. Selon le Pr Daniel Rigaud, Angélique Gimenez et le Dr Alain Perroud, dans le livre : « Faire face aux troubles alimentaires, anorexie, boulimie, compulsions » (aux Éditions Retz), livre que je vous conseille vivement pour aller plus loin dans ces troubles, nous pouvons les classer en deux catégories :

1. Les TCA avec hyperphagie, qui comprennent :

  • Le grignotage pathologique : la personne va manger tout au long de la journée, par petite quantité et sans y penser, des aliments tout prêts. Ceci entraînant dans la plupart des cas un surpoids, voire de l’obésité.
  • Les compulsions alimentaires : c’est la succession, au moins deux fois par semaine, de crises compulsives alimentaires sans vomissements. Une crise consiste en la consommation, hors repas, d’une quantité importante d’aliments choisis et désirés.
  • La frénésie alimentaire : la personne mange en permanence sans s’en rendre compte, comme si elle n’avait pas de conscience (alors que dans les compulsions alimentaires, la personne se retient un moment avant de se jeter sur la nourriture).
  • Les compulsions alimentaires, la frénésie alimentaire et le grignotage pathologique mènent dans la plupart des cas au surpoids, à l’obésité et dans certains cas à l’obésité morbide, allant jusqu’à la chirurgie bariatrique (néanmoins, un suivi psychologique est PRIMORDIAL dans ce type d’opération justement pour savoir si un TCA se cache derrière cette surcharge pondérale).
  • Le NED : night eating disorder (également appelé compulsion alimentaire nocturne). La personne mange inconsciemment la nuit, c’est le cerveau sensoriel qui pilote, et non le cerveau logique.
  • La boulimie : c’est la succession, au moins deux fois par semaine, de crises compulsives ponctuées de vomissements provoqués. La personne avale une grosse quantité d’aliments et se purge (sport, diurétique, vomissement…).
  • L’anorexie-boulimie : on pourrait classer ce trouble aussi bien dans l’hyperphagie que dans le type restrictif, puisque la personne oscille entre un poids faible et des crises de boulimie.

2. Les TCA de type restrictif, comprenant :

  • L’anorexie mentale : la personne veut maigrir et va refuser de s’alimenter. Elle s’accompagne dans la plupart des cas de TOC (troubles obsessionnels compulsifs : au moment des repas avec le tri des aliments, mais aussi ménage, rangement…), d’une hyperactivité psychique (anxiété, troubles du sommeil…) et physique (sport à outrance : abdominaux, montée d’escalier…).
  • L’anorexie dépressive : la personne n’a plus envie de manger. La personne ne va pas refuser de s’alimenter comme l’anorexie mentale, elle n’en voit juste pas l’intérêt.
  • L’orthorexie-maladie : c’est le besoin de manger sain impérativement, autrement dit exclure les aliments supposés mauvais pour la santé comme la viande rouge, les aliments raffinés, les produits laitiers, le gluten… Cela devient pathologique lorsque la personne est soumise à une forte angoisse.
  • Le mérycisme (ou rumination) : la personne mastique l’aliment, l’avale et le fait remonter, afin de le faire revenir dans la bouche pour le mastiquer de nouveau.
  • Le mâcher/cracher : la personne mâche les aliments, ne déglutit pas et recrache les aliments.
  • Les « Pica » : ce sont des personnes qui mangent des matières inertes (ex : plâtre, dentifrice…).
  • Les phobies alimentaires…

Ces troubles sont multiples, leur compréhension aussi vaste qu’il y a de personnes atteintes, le plus important à comprendre est qu’il n’y a aucune règle prédéfinie… Une fois que l’on accepte ce principe, la pluridisciplinarité va être la clé pour les aider.

Il est essentiel d’avoir un cadre thérapeutique : suivi psychologique, médical, diététique, émotionnel, corporel, énergétique… Plus celui-ci sera complet et diversifié, plus la personne pourra « s’appuyer » et « avancer ».

En tant que Naturopathe et masseuse ayurvédique, mon rôle intervient dans un premier temps pour les aider à se connaître à travers leur constitution, leur tempérament, leur diathèse, leur vitalométrie (permet de déterminer l’énergie vitale de la personne), l’iridologie (observation et analyse de l’iris)…

Chaque personne est différente ! Une patiente m’a dit une fois, « ne pas avoir pensé à autant de points positifs dans sa constitution », et cela lui a redonné un peu d’espoir (et il en faut dans ces troubles !).

La première chose à voir lorsqu’on reçoit une personne souffrant de TCA, c’est la personne et non la maladie. Il est nécessaire de regarder au-delà des symptômes pour avoir une vision globale du trouble.

Expliquer les risques physiologiques est fondamental. Ceci pourra servir de levier dans la réintroduction des aliments, qui est évidemment la partie la plus délicate… Comprendre et agir seront les deux mots-clés.

Il est important de rendre le patient conscient, mais sans mise en pratique, cela est vain. Alors chaque avancée est une victoire, aussi petite soit-elle. Tout ceci est un apprentissage, et comme chaque apprentissage, cela demande du temps et de la persévérance.

Dans un premier temps, il faut savoir que la plupart des personnes souffrant de TCA sont dénutries (anorexie, boulimie, obésité…), il sera nécessaire de faire évaluer les carences nutritionnelles de la personne : fer, vitamine D, calcium, vitamine B12, B9, carences en acides aminés essentiels, magnésium, potassium…

  • Les carences protéiques provoqueront une altération des fonctions musculaires (crampes, nausées, reflux gastrique, constipation, ballonnements, perte d’endurance au niveau respiratoire, un besoin souvent d’uriner, pouvant aller parfois à l’incontinence, dans certains cas cela pourra aller jusqu’à l’arrêt cardiaque…) et fonte de la masse musculaire.
  • Les carences lipidiques, et surtout en acides gras essentiels, engendreront des troubles de la mémoire, de la concentration, de l’humeur (anxiété, état dépressif), et du sommeil. Cela aura également pour effet de réduire la sécrétion des hormones sexuelles, expliquant l’aménorrhée, la diminution de la sexualité et de la fécondité. Une complémentation en oméga 3/6/9 pourra être proposée, à raison de 3 gélules/jour, répartis au cours des repas. Dans l’alimentation, je vous recommande les poissons gras, les graines de chanvre, l’huile de chanvre, les graines de chia, l’huile de lin, l’huile de colza, l’huile de noix…
  • La dénutrition et les carences hormonales pourront entraîner de l’ostéoporose (déminéralisation osseuse sévère). Il sera donc essentiel de complémenter en calcium (500 mg/jour), en vitamine D3 (1000 UI/jour) et en vitamine K2 (75 µg par jour), qui collabore avec le calcium pour la fixation du calcium au niveau osseux afin d’éviter les risques de fractures. Le lithothamne est une des algues les plus riches en calcium, quant à l’huile de foie de morue, elle est l’une des plus riche en vitamine D. Cela entraînera également des carences en neurotransmetteur – indispensables à notre bien-être puisqu’ils permettent au cerveau de communiquer avec le reste du corps. Priver d’acide aminé essentiel, de minéraux, d’oligo-éléments… le corps ne pourra donc pas les produire en quantité nécessaire et pourra engendrer des déficits en : acétylcholine, dopamine, noradrénaline, sérotonine, GABA… Des tests pourront être réalisés afin de déterminer les besoins spécifiques de la personne. Dans la plupart des cas, on pourra observer des carences en dopamine, entraînant des comportements dépressifs, une perte de motivation, de plaisir, de désir… ; Dopanergil pourra être recommandé à raison de 3 gélules/jour le matin au cours du repas ; des carences en sérotonine, entraînant agressivité, impulsivité, irritabilité… ; le Griffonia L-5-HTP (des Laboratoires COPMED) pourra accompagner à raison de 2 gélules/jour vers 17 h.

Des complexes riches en acides aminés, vitamines et minéraux pourront également être proposés, ainsi Levurine forte® Vitamines et Minéraux (des Laboratoires COPMED), ou encore Spiruline forte (des Laboratoires COPMED) pour les besoins en acides aminés essentiels.

S’occuper de l’intestin sera également essentiel. Ainsi que le dévoilent les recherches, il existe un lien étroit entre troubles intestinaux et troubles psychiatriques. Le chercheur Serguei Fetissov explique qu’une bactérie pourrait être à l’origine des TCA. Il préconise une antibiothérapie, puis protéger et consolider la muqueuse intestinale avec des bactéries bénéfiques, qui selon lui, pourrait éliminer en partie les bactéries pathogènes.

Quant à Guillaume Fond, psychiatre au CHU de Marseille, il pense qu’une altération du microbiote peut agir comme un facteur déclenchant chez des personnes qui sont prédisposées génétiquement à telle ou telle pathologie psychiatrique. En effet, le système neuro-entérique (SNE) est composé de 200 millions de neurones qui tapissent l’intestin et, n’ayant pas de synapse, ils communiquent par voie vasculaire.

Ce SNE a pour but de contrôler les mouvements et les sécrétions intestinales. Ainsi, les 100 000 milliards de bactéries présentes dans nos intestins communiquent grâce à ces neurones intestinaux. Il est intéressant de savoir que le SNE et le système nerveux central (SNC) ont la même origine embryonnaire, il est donc évident qu’il y aura un lien direct entre l’état psychique et l’état physiologique de la personne.

Ces deux « cerveaux » communiquent tout au long de notre vie à travers le nerf vague, le SNE informant sans cesse le SNC de l’état de l’intestin (pH, contenu du chyme…).

De plus, 95 % de la sérotonine est produite dans l’intestin (elle régule l’humeur, le sommeil, l’insécurité – le besoin de manger naîtra de cette insécurité). Vous aurez compris que s’occuper des intestins est une priorité ! On pourra les nettoyer à l’aide d’algue riche en chlorophylle (spiruline, chlorelle, klamath) et les assainir grâce à des huiles essentielles comme le carvi, le thym, la menthe poivrée, la cannelle, le clou de girofle, le tea tree… puis consolider la paroi intestinale (afin que l’intestin ne soit plus perméable) grâce à Perméa Régul® + (des Laboratoires COPMED), à raison d’un sachet par jour dans 200 ml d’eau pendant au minimum 3 semaines. Enfin, on pourra réensemencer les intestins avec des probiotiques (bactéries intestinales) et des prébiotiques (nourriture des bactéries intestinales).

Afin de traiter les deux cerveaux, je propose également de prendre des plantes qui permettront de relâcher le système nerveux comme le safran, le millepertuis, la passiflore, l’escholtzia, la valériane, la fleur d’oranger… On pourra également leur proposer des plantes adaptogènes afin de plus facilement s’adapter aux situations du quotidien et de booster leur énergie vitale : la rhodiole, le ginseng, l’éleuthérocoque, le cassis, la maca…

Dans ma vision de ces troubles, la personne n’arrive plus à habiter son corps physique, de part des régimes alimentaires stricts, des événements de vie traumatisant (deuil, séparation…), la puberté, des émotions mal « intégrées », mal « digérées »… Réaliser un travail corporel se révèle donc indispensable afin de leur permettre de réintégrer leur corps en toute sérénité. C’est pourquoi, travailler sur les émotions, est une grande part de mon travail ; les aider à en prendre conscience, en parler, et les vivre afin que tous les corps puissent avancer (physique, émotionnel, mental, énergétique et spirituel).

L’émotion qui s’exprime, permet une meilleure compréhension de nous-même, et surtout de nous en libérer plus facilement, et ainsi, éviter une « cristallisation émotionnelle ». Ce sont les émotions mal gérées qui entraînent un déséquilibre entre le corps, l’âme et l’esprit, et l’apparition de maladie.

Se libérer quotidiennement de ses émotions comme la peur, la crainte, l’inquiétude, la colère, l’anxiété, le souci, la violence… permet d’évoluer et de ne pas figer ce mal-être dans chacune de nos cellules. J’aime beaucoup la citation de C.G.Jung : « Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement. ».

La florithérapie est un outil indispensable à ma pratique, puisqu’elle est un lien naturel entre les fleurs et la vie émotionnelle. Nous choisissons avec le patient, les fleurs qui correspondent à ses émotions du moment, et nous réalisons le mélange adapté. Ainsi, les états d’âme (comme les nomme le Dr Edwach Bach, à l’origine de cette méthode) les plus répandus dans les TCA sont : un manque d’intérêt dans le présent (auquel cas je recommande le Marronnier blanc, la Moutarde…), l’instabilité (Gentiane, Ajonc), l’hypersensibilité (Houx), l’abattement/le désespoir/le découragement (Étoile de Bethléem, Châtaigner). Ayant peu d’estime de soi, je recommande également Centaurée, et Mélèze pour le manque de confiance en soi. Posologie : 3 gouttes de chaque fleur 3 à 4 fois/jour en dehors des repas.

Les huiles essentielles s’avèrent être également un bel outil d’accompagnement. Elles peuvent être utilisées en massage, en diffusion et/ou en olfactothérapie. Selon Christina Desmeuraux, Naturopathe et enseignante au CENATHO, « les onctions d’huiles essentielles permettent d’accompagner un être humain lorsque celui-ci est épuisé, déraciné par une épreuve à traverser le temps de son incarnation. »

Les massages aideront à la conscientisation du schéma corporel, quant aux essences, elles accompagneront l’ensemble des corps à l’assimilation de la situation. On pourra faire un mélange de Benjoin (permet d’accompagner dans les situations traumatisantes), d’encens Oliban (purifie l’âme), de Millepertuis (anti-inflammatoire des muqueuses, utilisée dans les moments d’épreuves), de Camomille matricaire (permet de réguler le système nerveux + anti-inflammatoire), de Marjolaine à coquille (permet de remettre une sécurité intérieure + huile d’ancrage), de Gingembre (pour les personnes qui ont peur de rayonner, faible d’estime de soi) et de Laurier noble (vient structurer et donner de la puissance combative). Les personnes pourront diffuser ces huiles ou bien les utiliser en onction.

Un suivi énergétique, qu’il soit en médecine traditionnelle chinoise ou en médecine ayurvédique, devra être privilégié afin de rééquilibrer les différents corps.

D’autres outils comme la respiration, la relaxation, la sophrologie, pourront également s’ajouter. Le point de départ étant toujours le patient et ses besoins. En tant que thérapeute, nous devons nous former afin de mieux les comprendre, et savoir rediriger. Je souhaitais partager ce qu’une patiente souffrant d’anorexique mentale m’a confié : « On peut vivre sans manger et sans boire, mais pas sans amour. ». Ainsi, comme le décrit Jacqueline Kelen, dans son livre « La faim de l’âme, une approche spirituelle de l’anorexie. » (aux Éditions Presses de la Renaissance) : « Pour ces jeunes gens qui repoussent les aliments et ne se préoccupent guère de sexualité, de relations amoureuses ni d’enfants à venir, une seule chose importe, le salut de leur âme. Seul cet Amour, unique et infini, est de taille à répondre au désir de l’âme consciente de sa beauté. »

Quelques livres :

  • Le pavillon des enfants fous (aux Éditions Le Livre de Poche) de Valérie Valère.
  • La faim de l’âme (aux Éditions Presses de la Renaissance) de Jacqueline Kelen.
  • Piégée. Mémoires d’une anorexique (aux Éditions Pocket) de Marya Hornbacher.
  • Faire face aux troubles alimentaires, anorexie, boulimie, compulsion (aux Éditions Retz) de Pr D. Rigaud, de A.Gimenez et du Dr A. Perroud.
  • Je m’aime, donc je vis. C’est quoi l’anorexie ? (aux Éditions Payot) de Vanessa Sarfati et du Dr A. Meunier.
  • Boulimie, Anorexie : Guerre & Paix (aux Éditions de la machine à écrire) de Véronique Orazi.

Les associations vers lesquelles s’orienter :

  • La note bleue ou SOS ANOR – Paris, Nantes.
  • L’association Autrement.
  • L’association Enfine.
  • L’association anorexie-boulimie 13 – Aix-en-Provence.

Petit descriptif de mon expérience :

Depuis le début de ma reconversion professionnelle (de Master « Management du Luxe » à PSB, à l’école de Naturopathie au Cenatho), je m’intéresse de près à ces troubles. En parallèle de mes études, j’assistais à des groupes de parole au sein de l’association La note Bleue. J’ai réalisé mon mémoire sur « L’anorexie mystique, le parcours d’une âme à la recherche de son essence. Création d’un protocole naturopathique. » Puis, je me suis formée avec l’association Autrement aux « Soins des TCA ». Depuis lors, j’essaye d’accompagner ces personnes, et interviens au sein de l’association Anorexie-boulimie 13, à Aix-en-Provence.

Caroline MARIE

Naturopathe, diplômée du CENATHO, certifiée FENA et membre de l’OMNES.
Masseuse ayurvédique, formée en INDE, GREENS AYURVEDA.

Atelier de Soi
27, rue Fernand Dol
13100 Aix-en-Provence

Tél. : 06.20.46.40.32
carolinemarie.naturopathe@gmail.com
www.carolinemarie.fr