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Interview du Dr Roger Mussi – L’immunonutrition : « Manger varié et équilibré, mais personnalisé ! »

Dr Roger MUSSI

Propos recueillis par Jade Perraud et Nicolas Lecordier.

Le Docteur Roger Mussi, ancien sportif international junior en athlétisme, préalablement diplômé d’Education Physique et Sportive, de kinésithérapie et d’ostéopathie, achève ses études de médecine à la fin de l’année 1992.

Initialement spécialisé en médecine orthopédique et ostéopathique, soucieux de mieux comprendre le vieillissement musculaire et articulaire, il s’intéresse, au début des années 2000, à la médecine anti-âge qui cherche à prévenir les effets du vieillissement sur l’ensemble des organes. Il s’aperçoit rapidement de l’importance de la nutrition et une de ses branches méconnue des médecins et du public, l’immuno-nutrition.

Au détour de nombreux congrès internationaux, il rencontre un biologiste, spécialisé en chimie et immunologie clinique le Docteur Camille Lieners. Ce dernier l’informe de l’existence de tests biologiques permettant de repérer des hypersensibilités alimentaires retardées aux aliments et additifs alimentaires, différentes des allergies immédiates de type I (domaine de l’allergologie classique), mieux connues dans l’espace public sous le terme d’intolérances alimentaires*.

Jade Perraud : Vous parlez d’un nouveau paradigme de la nutrition. Qu’entendez-vous par là ?

Dr Roger Mussi : La nutrition classique française et même mondiale, à l’heure actuelle est basée sur un principe qui est : « mangez varié et équilibré » « mangez de tout » « pas trop gras, pas trop sucré, pas trop salé, peu d’alcool, éviter le tabac, mastiquez bien et mangez dans le calme, hydratez-vous suffisamment, faites régulièrement du sport, etc. ». C’est le leitmotiv bien connu de tout médecin, notamment nutritionniste.

Si on applique ce raisonnement, il est clair qu’à l’échelle globale d’une population ou d’une nation on améliorera la santé générale des individus : on va diminuer les maladies cardio-vasculaires, l’obésité, la tension artérielle, le diabète etc. Mais à l’échelon d’un individu pris isolément ce n’est plus exact.

Je m’explique : mon désaccord dans l’affirmation : « il faut manger de tout, varié et équilibré etc. » provient du « de tout ». Il y a des gens qui ne tolèrent pas le gluten, certains ne tolèrent pas les produits laitiers, d’autres le blanc ou le jaune d’œuf, d’autres encore les amandes, le kiwi, l’ananas, la banane. Le programme nutritionnel santé (PNSS) recommande de consommer « 5 à 7 portions de fruits et légumes par jour » et également « 3 produits laitiers par jour ». Ces recommandations sont-elles valables pour TOUS ? Pour ce qui me concerne la réponse est NON. Les tests d’intolérances alimentaires* que je pratique chaque jour me confortent dans cette réponse. Ces tests permettent de savoir, pour chaque individu, quels sont les aliments que leur système immunitaire rejette donc ne tolère pas en fabriquant des anticorps (IgG) spécifiques contre chacun des aliments. J’ai à l’heure actuelle, les dossiers de 1600 patients et, en moyenne, il est retrouvé entre 15 à 20 intolérances par patient (selon différents niveaux de sévérité). Les patients qui excluent de leur alimentation les aliments déclencheurs d’une sécrétion d’IgG se trouvent très rapidement soulagés de leurs symptômes, ce qui prouve bien qu’ils ne peuvent pas manger « de tout », même varié et équilibré.

Donc « manger de tout » sans discernement est préjudiciable, tout au moins sur un plan individuel, c’est la raison pour laquelle je me base sur des tests d’intolérances alimentaires pour définir ce qui bon pour chacun de mes patients, ce qui est bon ou mauvais pour chacun d’entre nous. L’une de mes devises préférées est : « il n’y a pas de bons et mauvais aliments pour tout le monde, il y a des bons et des mauvais aliments pour chaque individu ».

Selon moi le vrai constat est qu’il faut « manger varié et équilibré » cela reste vrai, mais PERSONNALISÉ ! L’autre devise qui caractérise ma façon de considérer la nutrition moderne est : « Je n’ai d’apriori systématique contre aucun aliment mais j’ai un doute sur tous » ! Même si mon expérience étayée par de confortables statistiques (que vous pourrez consulter dans mon livre « Je mange ce qui me réussit ») m’autorise à connaître les grands suspects de notre alimentation. Je parle ainsi des trois familles majeures : les céréales contenant du gluten, les produits laitiers, et les œufs. L’immuno-nutrition qui étudie la réaction du système immunitaire vis-à-vis de certains antigènes alimentaire est selon moi, le nouveau paradigme de la nutrition et qui répond bien à l’énoncé : « Mangez varié, équilibré, mais personnalisé », ce qui exclut, vous l’avez maintenant bien compris le « de tout ».

Nicolas Lecordier : Donnez-nous un exemple concret qui différencie fondamentalement la nutrition classique de l’immuno-nutrition.

Dr Roger Mussi : Je vais prendre l’exemple de l’amande. La différence fondamentale entre la nutrition classique et l’immuno-nutrition, est que la nutrition conventionnelle s’attache de façon privilégiée à l’aliment. Son centre quasi exclusif d’intérêt est l’aliment. Ce sont les qualités nutritionnelles de l’aliment qui priment. Prenez une amande : elle est très riche en vitamines du groupe B, en vitamine E, en magnésium, en fer, en zinc, en cuivre, en potassium, en phosphore, en acides gras mono et poly-insaturés. C’est donc un aliment idéal largement plébiscité par les nutritionnistes et diététiciens qui vous recommandent d’en manger tous les jours une bonne poignée. Le problème est qu’au regard des résultats des tests que nous pratiquons chez nos patients, l’amande est assez souvent fortement intolérée et responsable de certaines pathologies. Qui aurait pu le croire et en avoir conscience ? Mais c’est une des vérités blessantes que nous apportent les tests d’intolérances alimentaires aux IgG. La nutrition s’attache à l’aliment, à ses vertus, à ses qualités nutritionnelles alors que l’immuno-nutrition s’attache à l’individu, à ses réactions spécifiques à l’environnement et à sa sensibilité aux aliments. C’est l’individu qui est au centre des préoccupations de l’immuno-nutrition, ce n’est pas l’aliment lui-même.

Jade Perraud : Quelle est la différence entre une allergie alimentaire et une intolérance alimentaire ?

Dr Roger Mussi : Il faut en effet bien distinguer une allergie alimentaire et une intolérance alimentaire. Les allergies alimentaires sont bien reconnues par la médecine française et les allergologues en particulier. Les allergies sont des réactions excessives du système immunitaire, immédiates et aiguës. Par exemple, si vous êtes allergique à la cacahuète, vous allez avoir dans le quart d’heure qui suit son ingestion, des réactions liées à la vasodilatation des muqueuses, des gonflements des paupières, du prurit et de l’urticaire, un possible œdème de Quincke, jusqu’au choc anaphylactique qui peut mettre en danger le pronostic vital. Et tout cela est médié par une sécrétion d’anticorps de type IgE déclenchant la libération d’histamine par les mastocytes. Les traitements les plus classiques sont les antihistaminiques et les désensibilisations que vont pratiquer les allergologues.

A l’opposé des allergies immédiates, se situent les intolérances alimentaires qui sont des allergies de type 3 alors que les allergies immédiates sont de type 1 dans la classification de Gell & Coombs qui date de 1975. Les intolérances ou hypersensibilités alimentaires sont des allergies retardées, c’est-à-dire qu’elles vont survenir entre 2 à̴3 heures au plus tôt et jusqu’à 2 à 3 jours après l’absorption alimentaire. C’est une réaction qui se manifeste insidieusement, en sourdine, à bas-bruit qui est source d’inflammation chronique des muqueuses notamment intestinale, et à l’origine d’hyperperméabilité de celle-ci. Cette réaction inflammatoire va persister si vous mangez le même type d’aliment 2 à̴3 fois par semaine ou plus. Vous allez créer des conditions pathologiques inflammatoires chroniques parce que l’aliment, de par ses composants protéiniques, devient une structure antigénique ciblée et attaquée par nos cellules de défense immunitaire. L’une des réponses est la sécrétion d’immuno-globulines de type G (IgG) qui sont évaluées par les tests d’intolérance alimentaire que nous pratiquons.

Nicolas Lecordier : Comment devient-on intolérant à un aliment ?

Dr Roger Mussi : On devient intolérant à l’aliment si on développe une porosité intestinale, ou une hyperperméabilité intestinale.

Les facteurs sont multiples :

– Dès la naissance, en effet entre un enfant qui naît par césarienne ou non, la flore ou microbiote intestinal n’est pas identique. Avant la naissance, la flore du fœtus est stérile. Le microbiote de l’enfant qui naît par voie naturelle va être contaminé par la flore intestinale, vaginale et fécale de sa mère, puis par celui de l’entourage proche. Le microbiote de l’enfant qui va naître par césarienne va être quant à lui contaminé par l’entourage immédiat de la salle d’accouchement (personnel médical et familial).

– Les prédispositions génétiques : notons celles de la maladie cœliaque (intolérance au gluten) où il est retrouvé les marqueurs du système HLA : DQ2 ou DQ8. Il y aurait donc certaines prédispositions génétiques plus toutes celles qu’on ne connaît pas encore à l’heure actuelle.

– La consommation excessive et répétée d’antibiotiques, souvent même dès le plus jeune âge.

– Les divers épisodes infectieux subis (gastro-entérites virales ou bactériennes), infections fongiques (notamment infection par le candida albicans) et parasitaires.

– La pollution environnementale y compris celle provenant de l’alimentation elle-même : aliments imbibés d’antibiotiques, d’éléments phytosanitaires tels que les herbicides, les fongicides, les insecticides, mais encore par les perturbateurs endocriniens : bisphénol, parabènes etc.

– Le vécu psycho-affectif et psycho-éducatif joue aussi un rôle important. La sphère psychique (épisodes douloureux intimes, stress) influence considérablement la muqueuse intestinale. L’intestin est reconnu comme étant un deuxième cerveau. C’est maintenant une donnée admise par tous.

Ces différents facteurs font le lit des allergies alimentaires et des intolérances alimentaires en altérant la perméabilité de la muqueuse intestinale, générant une hyperperméabilité intestinale, ce que les Anglo-saxons nomment un « Leaky gut syndrom ».

Toutefois, sur un terrain préalablement exposé et fragilisé, il faut consommer un aliment de manière assez fréquente pour pouvoir déclencher une intolérance alimentaire. Si c’est un aliment que vous consommez une fois par mois ou tous les 3 mois, il y a peu de chance que vous créiez une intolérance alimentaire. Il faut une certaine fréquence, une répétition et une chronicité des phénomènes inflammatoires pour déclencher des pathologies.

Jade Perraud : Les allergies alimentaires sont de plus en plus fréquentes. Comment expliquez-vous cela ?

Dr Roger Mussi : On a déjà répondu à la question en évoquant l’influence des facteurs de pollution générale et alimentaire en particulier. D’où l’avènement assez récent du « BIO ». Mais Il y a d’autres facteurs qui interviennent comme par exemple l’hyper-hygiénisme. On interdit par exemple aux enfants de tout toucher, on aseptise leur environnement. Certaines études montrent que cet hyper-hygiénisme peut-être un des facteurs à l’origine de l’augmentation de la fréquence des allergies. En exemple je citerai cette étude récente qui montre que les enfants vivants à la campagne ont moins d’allergies que les enfants vivants en ville, car leurs parents utilisent peu ou pas le lave-vaisselle. Les petits campagnards sont très tôt confrontés à divers allergènes, et s’immunisent contre ces derniers.

Nicolas Lecordier : Le Docteur Jean Seignalet avec son régime « hypotoxique » était-il selon vous un pionnier en termes d’intolérances alimentaires ?

Dr Roger Mussi : Jean Seignalet est incontestablement un de mes maîtres. Ce médecin a eu l’intuition géniale de considérer qu’il pouvait y avoir un problème entre l’alimentation et certaines pathologies. Il a mis en place un régime hypotoxique notamment sans lait, sans gluten. Il avait d’autres principes dans son régime : consommer beaucoup de vitamines, les produits ne devaient pas être trop cuits. On ne va pas rentrer dans le détail de sa méthode. Mais Jean Seignalet a mis des milliers de patients au régime sans lait et sans gluten avec d’extraordinaires résultats et quelques échecs aussi. A sa décharge, je dirais qu’il passait à côté de certaines choses parce qu’il n’avait pas les tests d’intolérances alimentaires dont nous bénéficions aujourd’hui et qui évitent l’aléatoire et l’arbitraire. Je demande l’exclusion du gluten et/ou des produits laitiers uniquement si les résultats des tests sont positifs vis-à-vis de ces aliments. Faute de bénéficier de ces tests, Jean Seignalet, ce n’est qu’un exemple, a totalement ignoré l’intolérance au blanc d’œuf, qui est selon moi tout aussi fréquente et importante que le gluten et le lait de vache. Sur près de 1 600 patients, mes statistiques font ressortir que plus de 50 % de patients sont positifs au blanc d’œuf ce qui est considérable. Il s’agit là d’une donnée totalement méconnue mais réelle. Les tests d’intolérances alimentaires nous permettent donc de repérer les bonnes combinaisons ; ça peut être le gluten associé aux produits laitiers ou aux œufs, les produits laitiers associés aux œufs, parfois, et c’est loin d’être rare, les trois combinés ensemble. Toutes ces formules pouvant elles-mêmes s’associer à des fruits, des légumes, des fruits à coque, des poissons, des viandes, des algues etc. Les tests d’intolérances alimentaires sont un outil diagnostique incomparable permettant de manger varié, équilibré mais personnalisé ! En définitive de manger juste, ce qui réussit à chacun.

Jade Perraud : Quelles sont les conséquences des intolérances alimentaires sur la santé ?

Dr Roger Mussi : Le système immunitaire reste vigilant y compris devant l’introduction d’un aliment qui va être analysé au regard de sa constitution protéinique. Le système immunitaire a un objectif : scinder le « soi » qu’il va reconnaître et accepter : l’aliment sera toléré, du « non-soi » qu’il va chercher à neutraliser et à éliminer : l’aliment est dit alors non toléré ou « intoléré ». Certaines cellules spécialisées du système immunitaire vont réagir secondairement par une sécrétion d’anticorps IgG pour neutraliser l’aliment considéré comme un antigène agresseur. Cet antigène est à l’origine d’une réaction délétère au niveau de la muqueuse intestinale générant et associant dysbiose, inflammation et hyperperméabilité intestinale. Cette triade d’évènements, se reproduisant régulièrement, voire même le plus souvent quotidiennement, est à l’origine de la chronicisation d’un état inflammatoire lui-même à l’origine de diverses pathologies chroniques.

Je voudrais préciser certains points. Les intolérances alimentaires ne sont pas les seuls facteurs à intervenir dans la pathologie fonctionnelle notamment intestinale. Mais ils sont très probablement les plus influençant et de ce fait importants. Les intolérances alimentaires, et c’est là le point capital, mettent en jeu une réaction anormale du système immunitaire. Il n’est pas anodin sur le long terme de générer quotidiennement des réactions inflammatoires au niveau de la muqueuse intestinale, une dérégulation du microbiote intestinal avec pour conséquence une réaction adverse du système immunitaire. Tôt ou tard ce dernier pourra se retourner contre lui-même et être à l’origine de maladies auto-immunes, voire même de cancers. Les FODMAP’S, secteur privilégié d’intervention des gastro-entérologues, responsables de fermentations intestinales parfois fortement désagréables, sont aussi à l’origine de troubles fonctionnels intestinaux, mais ils ne mettent pas en jeu une réaction délétère du système immunitaire. Il ne faut pas les mésestimer, bien au contraire, mais ils ne présentent pas le même danger pour la santé, à mes yeux sur le long terme, que les intolérances alimentaires. C’est la raison pour laquelle je mets l’accent prioritairement sur l’immuno-nutrition, sur la recherche des intolérances alimentaires. Il faut aussi tenir compte et investiguer dans le cadre des TFI (troubles fonctionnels intestinaux) les intolérances à l’histamine, aux amines biogènes et aux sulfites. Dans un document « régime pour le bilan des allergies » destiné aux allergologues, on lit que 80 % des allergies alimentaires sont liées à l’apport excessif d’amines biogènes. On vous parle d’histamine, de tyramine, etc. On vous demande de supprimer les aliments riches en histamine, de constituer un cahier alimentaire, mais à aucun moment on ne va vous parler d’intolérances alimentaires. C’est aberrant et regrettable quand on voit les résultats cliniques spectaculaires que l’on obtient en supprimant les aliments repérés positifs aux tests aux IgG.

Je reviens un instant sur les FODMAP’S, pierre d’achoppement entre gastro-entérologues et immuno-nutritionnistes. Il faut se méfier doublement d’un FODMAP’S repéré aussi positif au test IgG, donc mal toléré par notre système immunitaire, qui est aussi un FODMAP’S, autrement dit générateur de fermentations intestinales. Prenons l’exemple de certains d’entre eux comme les lentilles, les pois chiches, les haricots blancs, l’ail ou l’oignon (oligosaccharides). S’ils présentent également une réaction positive aux tests IgG, il faudra doublement les surveiller, car vous serez alors confronté à un double danger : un aliment qui produit des gaz ou fermentations intestinales (hydrogène, méthane) mais qui de plus déclenche une réaction immunitaire adverse. Il faut donc faire très vigilant vis-à-vis de ces aliments qui sont à la fois FODMAP’S et aliment intoléré sur le plan immuno-nutritionnel.

Nicolas Lecordier : Comment détecter une intolérance alimentaire ?

Dr Roger Mussi : Il faut utiliser les tests d’intolérances alimentaires. Celui que j’utilise préférentiellement et de façon quotidienne est le test IMUPRO (R-BIOPHARM) qui répond à la technologie ELISA. Je considère que c’est un examen qui est d’une grande fiabilité et reproductibilité. J’en ai pour preuves le suivi de près de 1 600 dossiers, depuis 2006. Il permet de rechercher une réaction anormale du système immunitaire, à travers la sécrétion d’immunoglobulines IgG, vis-à-vis d’antigènes spécifiques alimentaires. Les résultats se classent en plusieurs niveaux selon la quantité d’anticorps IgG sécrétée pour chaque aliment (dosage rendu en µg/ml). Deux méthodes d’interprétation sont utilisées. L’ancienne préconise d’évincer les aliments transitoirement en fonction des niveaux (classés de 1 à 4). Plus le niveau d’intolérance est élevé, plus le temps d’éviction est allongé. A la fin de cette période une tentative progressive de réintroduction est opérée. La nouvelle méthode consiste à enlever tous les aliments positifs pendant 5 à 8 semaines, de les réintroduire  un par un en surveillant l’éventuelle réapparition des symptômes, ce qui revient à effectuer un test de provocation. Si les symptômes réapparaissent on prolongera significativement la période d’éviction, dans le cas contraire l’aliment sera progressivement réintégré. Quelle que soit la méthode, l’important est de comprendre que ces tests mettent en évidence des réactions immunitaires vis-à-vis d’antigènes protéiniques spécifiques alimentaires. Il est à préciser que quand on teste les produits laitiers, on teste les réactions aux protéines de la vache, de la brebis ou de la chèvre, mais on n’aura pas testé le lactose, puisqu’il s’agit dans ce cas d’un sucre dépourvu de protéines. Il s’agit là d’une intolérance enzymatique (déficit en lactase) et non immunitaire.

Jade Perraud : Pourquoi les intolérances alimentaires et les tests proposés, font-ils l’objet d’un tel ostracisme de la part du monde médical, en particulier des nutritionnistes, allergologues ou gastro-entérologues ?

Dr Roger Mussi : Il s’agit là d’une question disons un peu embarrassante. Mais je ne chercherai pas à l’esquiver, car elle pose vraiment une autre question essentielle à laquelle j’ai du mal à apporter une réponse : pourquoi ces tests qui me donnent, ainsi qu’à bien d’autres confrères et praticiens (Dr E. Menat, Dr E. Kiener, Dr D. Rueff, Dr J.-P. Willem etc.), entière satisfaction sur le plan des résultats cliniques, font-ils effectivement l’objet d’un tel rejet et ostracisme ? Ceci est incompréhensible, d’autant que les arguments développés par les détracteurs, allergologues et gastro-entérologues notamment, ne résistent pas à une étude objective et impartiale. Je vais vous présenter quelques-uns d’entre eux.

1) Les IgG sont des facteurs de tolérance et non d’inflammation.

Quels sont les arguments qui incitent médecins et allergologues, à prétendre cela ?

Quand vous pratiquez une vaccination, vous déclenchez une sécrétion d’IgG : c’est un élément protecteur. Quand vous faites une désensibilisation vis-à-vis d’un allergène, vous déclenchez également des IgG qui joueront un rôle immunisateur et protecteur vis-à-vis de cet allergène. Conséquence : les tests d’intolérances alimentaires de type IMUPRO mesurant les réactions IgG spécifiques d’un aliment, montreraient donc une protection acquise vis-à-vis de cet aliment. « Elémentaire mon cher Watson ! ».

Réponse : élémentaire peut-être mais faux. Car c’est méconnaître qu’il existe 4 types d’IgG (les IgG 1, 2, 3 et 4). Les IgG4 sont protecteurs, personne ne le conteste. Ce sont des anticorps bloquant des IgE qui apparaissent notamment après désensibilisation, les IgG3 pro-inflammatoires apparaissant quant à eux après vaccination. Mais les IgG4 ne représentent que 3 % du total des IgG et c’est bien l’ensemble des IgG qui sont testés dans le test Imupro. Les IgG 1,2 et 3 suscitant la phagocytose de l’antigène par les polynucléaires neutrophiles et permettant l’activation du complément, sont pro-inflammatoires et représentent 97 % des immunoglobulines testées. Leur présence en quantité excessive dans le sang des patients est le témoin d’une activité inflammatoire, signant une intolérance vis-à-vis de l’antigène alimentaire et certainement pas d’une quelconque protection. En résumé, en aucune manière les IgG4 protecteurs ne sont testés par le test IMUPRO. L’argument des détracteurs ne tient pas la route une seconde mais a la vie dure !

Une preuve parmi des centaines : dernièrement une jeune patiente de 11 ans présente un test Imupro fortement positif au gluten. Pour les allergologues, il s’agirait d’une protection (immunisation ?) acquise vis-à-vis du gluten ! Cela pourrait prêter à sourire, mais pas pour moi, car et malheureusement pour la jeune fille, dans la foulée un test des anticorps IgA anti-transglutaminases revient positif complété par une biopsie intestinale montrant une atrophie des villosités intestinale. Le diagnostic de maladie cœliaque est bien confirmé par les gastro-entérologues. Merci au test des intolérances alimentaires qui a permis de déceler cette maladie sévère. Quant à la soi-disant protection ou immunisation du gluten je vous laisse le soin de juger… mais c’est bien triste car on a du mal à faire passer le message.

2) Les IgG sont tout simplement le témoin d’une exposition antérieure à l’aliment.

Quels sont les arguments qui incitent médecins et allergologues, à prétendre cela ?

Quand on fait une sérologie virale, l’augmentation des IgM, est le signe d’une affection aiguë en cours. L’augmentation des IgG, est le témoin d’une affection ancienne attestant du fait que vous avez été antérieurement exposé au virus.

Conséquence logique pour les détracteurs experts : les IgG élevés testés dans IMUPRO, signifient simplement que vous avez été en contact et exposé à l’aliment donc que vous en avez nécessairement consommé. « Ce test est donc nul et non avenu, mettez-le à la poubelle », c’est l’histoire que me racontent certains de mes patients suite à un entretien avec leur médecin.

Réponse : encore une fois triste et désespérant, car comment expliquer les très nombreux patients ne présentant que quelques intolérances (moins de 5) sur 134 ou 270 aliments testés. Plusieurs patients ont même zéro intolérance ! Comment l’expliquer ? Est-ce à prétendre qu’ils font le jeûne depuis leur naissance, depuis 56 ans pour le dernier en date ? Bien sûr que non ! Ils ont consommé à peu près tous les aliments, même la veille et l’avant-veille de l’examen, mais ne présentent aucune intolérance et nos experts nous parlent de facteurs d’exposition antérieure. S’ils devaient avoir raison, alors tous les aliments qu’ils ont consommés devraient être positifs ! Nous sommes là encore devant un argument fallacieux ! En revanche, il est exact et normal de constater dans les tests IgG, pour chacun des aliments tolérés, une petite réaction des anticorps, physiologique qui reste faible (inférieure à 7,5µg/ml d’IgG) attestant du fait, soit d’une exposition à l’aliment non dommageable, soit tout simplement d’une réaction normale du système immunitaire face à l’introduction de protéines étrangères. C’est l’explosion des dosages pouvant aller de 7,5µg à plus de 200 µg qui atteste d’une réaction adverse du système immunitaire de défense de l’organisme et donc de l’intolérance vis-à-vis de l’aliment testé.

3) « Si vous prenez, dans la rue, des gens parfaitement en bonne santé, vous allez leur trouver des IgG positifs ! Ces tests ne veulent donc rien dire ! »

Nos « experts en nutrition » excellent d’ingéniosité sur ce troisième point, mais surtout de méconnaissance. La première partie de leur affirmation est pourtant vraie. Oui on peut trouver une personne de 30-35 ans, en apparente bonne santé, sportive… et pourtant le test IMUPRO lui trouve des IgG positifs. Leur méconnaissance vient du fait qu’une pathologie chronique n’arrive pas du jour au lendemain comme une grippe ! Ils oublient qu’il faut entre 10 à 15 ans, parfois plus, pour que les premiers symptômes d’une pathologie chronique se manifestent. Si le patient est porteur d’une prédisposition génétique, la pathologie surviendra plus précocement, c’est un fait. Par exemple, la maladie cœliaque (MC) se manifestera plus tôt dans sa vie chez un enfant porteur de HLA DQ2 et/ou DQ8. Un adulte ne déclenchera pas cette même maladie du jour au lendemain, car elle se prépare plusieurs années à l’avance et probablement qu’une période dite « asymptomatique » la précède. Cette période asymptomatique ne l’est pas réellement toujours dans les faits. C’est l’intérêt de pouvoir repérer, grâce aux tests d’intolérances alimentaires, préalablement à la maladie cœliaque, une sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC). Précisons que toutes les SGNC ne développeront pas forcément une MC, fort heureusement, mais repérer cette hypersensibilité au gluten le plus rapidement possible dans la vie reste une excellente mesure préventive. Il est bien dommage que les autorités médicales et sanitaires passent à côté de ce problème de santé publique. Signalons au passage que l’AFDIAG (Association Française Des Intolérants Au Gluten), par ailleurs remarquable association qui gère les malades cœliaques, refuse toute intervention, y compris l’utilisation des tests aux IgG, qui pourrait compromettre ou retarder le diagnostic irrémédiable de maladie cœliaque. Autrement dit il faut attendre d’être cœliaque pour expliquer au patient que le gluten doit être exclu de son alimentation pour le restant de sa vie !

Echappons-nous de la problématique du gluten, pour revenir à nos patients en « bonne santé », positifs à certains aliments du test. Celui qui présente une positivité aux produits laitiers ou au blanc d’œuf, pour ne prendre que ces deux exemples, pourra développer plus tard, une dizaine d’années, voire davantage, à l’adolescence ou à l’âge adulte certaines pathologies dont on connaît mal les origines (colopathie fonctionnelle, migraines, problèmes ORL et dermatologiques etc.). Jean Seignalet avait prévenu : il faut parfois treize ans avant de déclencher la pathologie. Je confirme, sans pour autant donner de précisions sur l’intervalle de temps entre la positivité aux tests et l’apparition de la pathologie ou maladie. L’argument qu’il y ait des gens en pleine santé avec des intolérances alimentaires rendant l’examen absurde et superfétatoire, ne tient pas davantage la route que les arguments faisant référence à la protection acquise et au facteur d’exposition.

4) La positivité au test est fonction de la consommation de la veille.

« Si vous mangez 500 g de carotte la veille vous serez positif à la carotte le lendemain, jour du test ». Voici telle quelle la réflexion d’un expert nutritionniste ultra-médiatisé qui montre à quel point la méconnaissance et l’inexpérience sont généralisées. NON ! Jamais vous ne serez positif à la carotte si vous en mangez un demi-kilo ou même un kilo la veille ! C’est faux ! Si un test antérieur a montré que vous n’êtes ni intolérant à la carotte, ni au gluten ou au blanc d’œuf, vous pouvez la veille du test manger des carottes en quantité, deux baguettes, un œuf à la coque le matin, deux œufs au plat à midi et une omelette le soir, et vous ne serez jamais positif à ces aliments. A contrario, si vous suivez ce régime tous les jours, je ne vous le conseille bien évidemment pas, vous êtes susceptible de déclencher une intolérance à plus ou moins long terme. C’est la raison pour laquelle il est conseillé de diversifier et de varier son alimentation en utilisant autant que faire se peut la rotation alimentaire de 5 jours.

5) Autres arguments

Certains arguent les éléments suivants : prenons l’exemple de la tomate. « On ne fait pas la différence entre les différentes sortes de tomate, la tomate crue, la tomate cuite ou la tomate bio ! ». La réponse est cinglante : sait-on jamais posé la même question s’agissant des tests classiques pour les IgE pratiqués par les allergologues concernant l’allergie à la tomate : quelle est la tomate utilisée ? Pourquoi cela poserait-il un problème pour les IgG et pas pour les IgE ? On se rend bien compte qu’il existe de la partialité, et un parti pris à tous les niveaux, incompréhensibles !

Le test Imupro concerne les protéines de la tomate (appartenant à la famille des solanacées), mélange de protéines de l’agrume cuit et cru.

Certains arguent également sur le fait que les tests sont chers ! « Ce qui est cher n’est pas forcément mieux ! ». On reconnaît là un argument scientifique incontestable et irrécusable !

Il est vrai que les tests n’étant pas validés, ils restent chers, car non pris en charge par la sécurité sociale et donc non remboursés. Est-ce un argument pour ne pas reconnaître leur efficacité ?

Les différents experts consultés sur l’utilité des tests non pas la moindre expérience de ceux-ci.

Une légitimité d’expertise exigerait le suivi de plus de 200 dossiers pour s’exprimer sur le sujet. On en est bien loin. A cor et à cri je demande qu’une étude sérieuse objective et impartiale soit mis en place pour enfin reconnaître le bénéfice inéluctable qu’apporterait l’utilisation des tests d’intolérance alimentaire aux IgG dans le diagnostic de nombreuses pathologies dont l’origine nutritionnelle est mal reconnue. Bien évidemment le résultat de cette étude ne débouchera aucunement sur un médicament rapportant des millions d’euros à un laboratoire, donc nous ne sommes pas encore près d’en voir le jour. Dommage aussi pour la sécurité sociale qui ferait là de substantielles économies…

En revanche, et je donne un point à nos détracteurs, je dois reconnaître qu’il existe sur le marché des tests de moindre qualité, utilisant une technologie moins fiable et sophistiquée que celle utilisée par R-BIOPHARM (Darmstadt–Allemagne). Ces tests font beaucoup de tort à la rigueur et fiabilité du test allemand, discrédite la méthode, et je comprends le doute qui s’immisce chez mes confrères qui les prescrivent. Il faut choisir le bon test et utiliser un panel suffisant d’aliments qui permette de ne pas passer à côté d’un aliment fautif. Je prescris à cette fin, si les moyens financiers le permettent, le panel de 270 aliments, sinon celui de 134 et plus rarement celui de 180 aliments.

6) Les tests d’intolérances alimentaires ne servent à rien, traiter l’hyperperméabilité intestinale est la bonne solution.

Certains détracteurs d’une autre catégorie, micro-nutritionnistes ou praticiens divers prétendent qu’il suffit avant tout de réparer la muqueuse intestinale, de ne pas pratiquer les tests d’intolérance alimentaire et « de garder votre argent pour vos prochaines vacances » ! Cela est totalement contredit par la pratique. Certes réparer et cicatriser la muqueuse intestinale hyperperméable est nécessaire mais pas suffisant. Réparer la muqueuse intestinale sans écarter les éléments qui l’agressent est illusoire. C’est comme si vous tentiez de reboucher les trous du côté d’un mur pendant que quelqu’un d’autre frappe à la masse de l’autre côté du mur. De plus il faut plusieurs semaines voire plusieurs mois pour reconstituer une barrière intestinale alors que rapidement, après quelques jours seulement de suppression totale des aliments « agresseurs » les symptômes s’amendent. La bonne solution, n’en déplaise à nos contradicteurs, est d’associer les deux procédures simultanément : débarrasser du bol alimentaire les aliments agresseurs et réparer la muqueuse intestinale en grande souffrance.

Nicolas Lecordier : En ce qui concerne le gluten, vous avez réalisé une étude1 qui distingue bien la sensibilité au gluten de la maladie cœliaque. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

Dr Roger Mussi : La problématique du gluten est mal perçue par l’opinion générale y compris médicale. Pourquoi ? La communauté scientifique internationale actuellement ne sait reconnaître que deux situations cliniques :

En tout premier lieu, l’allergie à la farine de blé (allergie à IgE), le blé étant selon les données du réseau d’allergo-vigilance le cinquième allergène responsable d’allergies sévères de l’adulte qui concerneraient environ 8 % de la population.

Et deuxièmement l’intolérance au gluten ou maladie cœliaque, maladie sévère auto-immune, les patients présentant des auto-antigènes, anticorps provoquant une atrophie de la muqueuse intestinale. Ces patients cœliaques, qui représentent environ 1% de la population, ce chiffre étant, il est vrai, vraisemblablement sous-évalué, ont une intolérance totale au gluten et le seul traitement connu est l’exclusion à vie du gluten de leur alimentation.

Mais le plus étonnant et invraisemblable est qu’entre ces deux affections bien reconnues, une troisième situation clinique existe non véritablement identifiée et qui pourtant représente l’immense majorité des problèmes concernant la pathologie liée au gluten : la sensibilité au gluten non cœliaque.

Dans ma pratique cette affection représente plus de 50 % des patients qui consultent ! Elle est aisément facile à diagnostiquer quand on pratique les tests d’intolérances alimentaires d’excellente qualité, le test Imupro (technologie ELISA) étant celui que je pratique depuis plus de 10 ans (cf en référence l’étude que j’ai réalisée). Ces patients positifs à ce test souffrent de diverses pathologies, non exclusivement digestives, loin s’en faut, mais ne sont pas cœliaques pour autant car les anticorps IgA anti-transglutaminase, pratiqués parallèlement chez eux sont négatifs. Le problème et le souci c’est que le médecin français, en toute conscience, n’a que ce dernier test à sa disposition n’identifiant que la maladie cœliaque. Il passera, à son insu, à côté du diagnostic de sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC) pourtant bien réel. Les IgA anti-transglutaminases négatifs, la réponse en toute bonne foi du médecin est : « Circulez, il n’y a rien à voir, vous n’avez pas de problème avec le gluten ». Or cela est inexact pour une majorité de ses patients, cela donnant lieu dans l’esprit de mes confrères et dans la presse en général, à des allégations du type : Gluten : « Effet de mode passager ? » ou Gluten : « Mythe ou réalité ?

Cette méconnaissance est vraiment dommageable quand on constate les résultats cliniques obtenus en excluant le gluten chez ces patients pourtant non cœliaques. Nos autorités médicales interrogées reconnaîtraient tout de même qu’environ 6 % de patients non cœliaques seraient soulagés de « petits inconforts digestifs » en excluant le gluten de leur alimentation. On est bien loin de la réalité. En pratiquant les tests IgG d’intolérances alimentaires, ils s’apercevraient bien vite de leur erreur. En effet de nombreuses pathologies extra-digestives relèvent d’une sensibilité au gluten non cœliaque : migraines, affections ORL, asthme, fatigue chronique, pathologies articulaires, dermatologiques, neuro-psychiatriques, maladies auto-immunes et d’autres encore.

Pour la petite histoire, dès 2006 j’ai systématiquement pris l’habitude de réaliser le test des anticorps IgA anti-transglutaminase parallèlement au test Imupro. Sur 744 patients, 53 % étaient positifs au gluten et parmi ces derniers 99 % étaient négatifs aux anticorps IgA anti TG. Ce qui revient à constater que les patients positifs au gluten aux tests IMUPRO 300 mais négatifs aux tests classiques reconnus, sont des patients souffrant d’intolérance « partielle » au gluten ou de sensibilité au gluten non cœliaque (SGNC). Il est grand temps que les autorités médicales et sanitaires prennent conscience de cette situation clinique qui touche, je l’affirme, beaucoup de patients non justement diagnostiqués. Car, si parmi les patients nous consultant, il y a 53 % de patients souffrant de sensibilité au gluten, on peut raisonnablement extrapoler à la population française en général et imaginer que, ce pourrait être possiblement entre 20 et 30 % de gens susceptibles d’être sensibles au gluten.

De nombreuses publications bibliographiques internationales existent attestant la réalité de cette entité clinique, la SGNC, mais les cliniciens restent dubitatifs et perplexes devant l’absence d’une physiopathologie clairement identifiée et de marqueurs biologiques spécifiques. Sur ce dernier point nous sommes en profond désaccord car les tests que nous utilisons sont fiables et reproductibles. La théorie est peut-être encore prise en défaut, mais en pratique cela marche ! Alors cessons de parler de mythe ou d’effet de mode et portons le bon diagnostic à nos patients bien trop souvent incompris. Je citerai Albert Einstein qui disait : « La théorie c’est quand on sait tout mais que rien ne fonctionne, la pratique c’est quand tout fonctionne mais personne ne sait comment ça marche ».

Jade Perraud : Quelles solutions proposez-vous à vos patients ?

Dr Roger Mussi : Etant médecin je me dois avant de porter un diagnostic fonctionnel, d’exclure toute pathologie organique sous-jacente. Une enquête clinique et un bilan biologique complet s’avèrent nécessaires et s’il s’agit de pathologies digestives, il est parfois utile de demander une fibroscopie et/ou une coloscopie. Je suis amené à pratiquer le plus souvent, car il s’agit d’une forte demande, les tests d’intolérances alimentaires. Il me faut également éliminer une intolérance à l’histamine, aux sulfites et considérer la possible intolérance aux FODMAP’S.

Le principe de mon traitement est simple : il s’agit d’un programme (je n’aime pas le terme de régime), alimentaire personnalisé qui consiste :

1/ En tout premier lieu, essentiel selon moi : L’éviction alimentaire.

Evincer transitoirement du bol alimentaire de chaque patient ses propres intolérances alimentaires détectées au test IMUPRO. Je retire donc de son alimentation les agents (aliments) agresseurs de son système digestif.

2/ De manière concomitante aux évictions : cicatriser et réparer la membrane intestinale.

J’utilise des enzymes qui permettent de digérer les protéines, les lipides, les glucides, la cellulose, etc. afin de favoriser la digestion et l’obtention de nutriments de telle manière qu’ils arrivent le plus dégradé possible sur une muqueuse intestinale en souffrance. Il faut ensuite cicatriser et réparer la porosité de la muqueuse intestinale. J’utilise différents compléments alimentaires dont la glutamine. Je fais très attention aux ingrédients proposés afin d’éviter certaines intolérances.

Je prescris des probiotiques. Je pourchasse également l’infection par le candida albicans et la traite systématiquement si les tests montrent sa présence. Dans un premier temps par des antifongiques sur 2 semaines environ et ensuite, par des compléments nutritionnels pendant 2 à 3 mois. Je renouvelle le traitement tous les 3/4 mois car je considère que le patient initialement porteur n’est jamais définitive- ment débarrassé de cette levure.

3/ Détoxification hépatique.

Parallèlement mais simultanément je détoxique le foie, passage obligé après franchissement de la barrière intestinale dans le sang. Divers compléments sont utilisés, parmi lesquels (sauf intolérance) : le curcuma, l’artichaut, la silymarine etc.

Nicolas Lecordier : Considérez-vous d’autres éléments dans votre enquête médicale ?

Dr Roger Mussi : Je ne ferai que les citer car on sort de notre sujet sur les intolérances alimentaires et la nécessaire personnalisation de notre alimentation. L’intoxication par les métaux lourds doit être recherchée systématiquement. Il en est de même avec les pathologies liées aux infections froides et aux vaccins qu’il faut évoquer devant des pathologies complexes et multifactorielles comme, par exemple, le syndrome de fatigue chronique. Les intolérances alimentaires ne règlent pas tous les problèmes, mais leur prise en considération est néanmoins un des éléments fondamental de notre arsenal thérapeutique.

Pour conclure je confesserais mon désarroi vis-à-vis de tant de subjectivité et de partialité de la part des autorités médicales et sanitaires qui n’entraperçoivent pas l’intérêt de la pratique des tests d’intolérance alimentaire de qualité. Il est vrai que nous sommes en présence d’un nouveau paradigme de la nutrition : « manger varié, équilibré mais personnalisé », qui bouleverse et modifie les données de la nutrition conventionnelle. L’un des leitmotive de cette dernière, proclamé par l’un des plus renommés nutritionnistes est «  s’il y a un seul interdit en nutrition, c’est bien celui d’interdire ». On conçoit le fossé entre les deux conceptions, et cela justifie le nouveau paradigme que je propose.

Merci Docteur Mussi, nous rappelons à nos lecteurs que votre livre « Je mange ce qui me réussit » publié chez Flammarion est disponible en librairie et sur internet. 

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L’intolérance au gluten : une nouvelle entité clinique existe en dehors de la maladie Cœliaque. Etude comparative à partir de tests biologiques. (Etude publiée dans le magazine « La Phytothérapie européenne » n°87 juillet – août 2015.) Mussi RA.1, Loap S.2, Jaeger R.3, Gigon F.4, Lieners C.5

1 – Centre Médical, 120 bd du Montparnasse 75014 Paris E-mail : rmussi@libertysurf.fr

2 – Nutri Science Clinic : 174 Bd Haussmann 75008 Paris : suvaloap@gmail.com

3 – Service Gyneco-Obstétrique Hôpital Nord Parisien 95200 Sarcelles : rjgyneco@wanadoo.fr

4 – Service Interuniversitaire Médecine Préventive Université Paris V Descartes 75005 Paris.

5 – Evomed Luxembourg L-9834 Holzthum.

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