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Bien-êtreSanté naturelle

Analyses nutritionnelles et fonctionnelles pour la consultation

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Lorsque j’ai pour la première fois découvert le monde des analyses nutritionnelles et fonctionnelles cela a été pour moi une véritable révélation. J’ai pris conscience que les professionnels de la santé au sens large du terme (médecins, pharmaciens, kinésithérapeutes, naturopathes, nutrithérapeutes, ostéopathes…) avaient à leur disposition des dizaines d’analyses biologiques pour évaluer le terrain de leurs patients avec des approches très innovantes.

Parallèlement à cette découverte, j’ai pu constater avec surprise que ces analyses étaient très peu connues. Je ne parle pas du fait qu’elles étaient absentes des communications santé des grands médias ! Ceci n’était évidemment pas surprenant ! On a pu d’ailleurs constater pendant la crise Covid combien ceux-ci n’accordaient aucune valeur à la prévention ou à une optimisation du terrain.

Mais par contre, je ne m’expliquais pas qu’on parle si peu de ces analyses dans les livres de santé alternative, de nutrition ou de micronutrition. J’étais aussi choqué de voir qu’elles étaient très peu, voire pas du tout abordées dans les cursus des écoles de naturopathie ! Comment était-ce possible ?

Je me suis demandé si les mots « analyses » ou « biologies » ne faisaient pas peur. Ces vocables renvoyaient en effet peut-être à un registre trop médical ? Alors soyons clairs dès l’introduction de cet article ! Les analyses nutritionnelles et fonctionnelles ne sont pas des analyses médicales. Elles ne proposent pas de réaliser des diagnostics. Elles permettent d’explorer des terrains nutritionnels, micronutritionnels et fonctionnels pour les optimiser, et prévenir ainsi l’apparition des maladies. Dans toutes les formations ou communications que je donne sur le sujet je mets un point d’honneur à tracer une frontière très claire entre les deux univers. Les analyses médicales sont réservées aux médecins, tandis que les analyses nutritionnelles ou fonctionnelles peuvent être pratiquées par les patients ou recommandées par tous les praticiens de santé formés à leur bon usage.

Je vous propose dans cet article d’ouvrir une petite fenêtre sur le potentiel de ces analyses pour optimiser votre consultation. Mais avant cela, il me faut les contextualiser.

L’investigation du terrain : une multitude d’approches

L'investigation du terrain : une multitude d'approchesLa notion de terrain est un concept très ancien qui a été bien défini et structuré par Hippocrate, ce médecin de l’Antiquité (460 av. J.-C.), à travers sa célèbre théorie des humeurs (tempéraments). Les médecines traditionnelles se servent également beaucoup des bilans de terrain. La médecine chinoise par exemple, qui à côté de multiples autres outils pour la réalisation du bilan, utilise des « portraits énergétiques » qui, comme les humeurs, caractérisent un terrain. En médecine ayurvédique, on utilise les trois doshas. Il existe des dizaines d’autres référentiels pour mettre en évidence des terrains et pratiquer des bilans (constitutions homéopathiques -carbonique, phosphorique et fluorique ; diathèses du docteur Jacques Ménétrier…). Le sujet des bilans des terrains est tellement vaste que Daniel Kieffer (l’un des pionniers de la naturopathie française) y a consacré une encyclopédie de 750 pages intitulée Guide personnel des bilans de santé – Encyclopédie des tests morphologiques, psychologiques et biologiques de terrain. La lecture de ce livre apporte une grande ouverture d’esprit sur les méthodes permettant de dresser un véritable bilan de santé et d’explorer le terrain. Écrit en 1998, ce livre abordait également déjà les bases des bilans dits nutritionnels et fonctionnels. 25 ans plus tard, les sciences biologiques et les méthodes d’analyses ont fait des progrès gigantesques et nous disposons de dizaines de marqueurs nutritionnels et fonctionnels pour réaliser des bilans de terrain plus modernes (ce qui n’exclue pas bien évidemment la pratique des bilans plus traditionnels).

Les analyses nutritionnelles et fonctionnelles : bilan de terrain 2.0

L'investigation du terrain 2.0

La plupart des méthodes pour établir des bilans de terrain personnalisent l’approche du patient grâce à des typologies : lymphatique, bilieux, nerveux et sanguin pour les terrains hippocratiques ; musculaire, sanguin, digestif, obèse rouge, obèse blanc, respiratoire, cérébral, nerveux et grand nerveux pour les terrains naturopathiques, selon Pierre Valentin Marchesseau, père de la naturopathie française. Un clinicien expérimenté en matière de bilan de terrain pourra nuancer ces typologies et affiner sa perception d’un patient donné. Il saura sans doute sortir du cadre imposé par la grille de lecture qu’on trouve dans les livres et les enseignements. Mais la personnalisation par le « type » aura néanmoins toujours des limites. En effet, le vivant et surtout l’être humain est très complexe, hypervariable ; il ne rentre jamais dans une seule case ! Chaque individu – et donc chaque patient – est unique ! Il est en réalité impossible de le faire rentrer dans un seul type ! Les analyses nutritionnelles et fonctionnelles permettent de caractériser des terrains sans classer les patients selon une grille de lecture. Elles permettent ainsi une véritable personnalisation. Un terrain inflammatoire par exemple peut s’évaluer notamment à travers la quantité d’acide eicosapentaénoique (EPA) dans les globules rouges (nous y reviendrons). C’est une valeur chiffrée qui définit la qualité du terrain. Autant de patients avec des valeurs d’EPA différentes, autant de terrains inflammatoires différents, et donc autant de protocoles de prise en charge différents.

Quatre terrains sont investigués pour un bilan terrain 2.0. Terrain nutritionnel, terrain micronutritionnel, terrain fonctionnel et terrain génétique. Le tableau ci-dessous vous donne un aperçu de la richesse de ces bilans de terrain 2.0.

Bilan nutritionnel et fonctionnel du régime crétois

Puisqu’il faut être synthétique dans un article d’initiation, je vais vous présenter des analyses qui sont tout à la fois des analyses nutritionnelles, mais aussi fonctionnelles (exploration de deux terrains). Je vais vous présenter les trois analyses majeures du régime méditerranéen : le bilan des acides gras érythrocytaires, le bilan des caroténoïdes et le bilan des acides gras à courte chaîne.

Rappelons brièvement ce qu’est ce régime. Il s’agit d’une pratique alimentaire traditionnelle de plusieurs pays du pourtour méditerranéen, notamment la Crète (d’où son autre nom : le régime crétois), caractérisée par une forte consommation de légumes, de légumineuses, de fruits, de noix, de poisson, mais aussi par une consommation modérée de viande, de produits laitiers et de vin. Elle est associée à de nombreux bénéfices santé : fonction cognitive, diminution de la mortalité toutes causes confondues notamment chez le sujet âgé, diminution du risque de cancer du sein, prévention cardiovasculaire… C’est le régime santé par excellence. Certes, il n’y a pas un modèle nutritionnel pour tous et c’est bien l’objectif de nos consultations que de personnaliser l’assiette. Mais le régime méditerranéen est une référence qui fait consensus en matière de nutrition (ce qui est rare dans le domaine). Dès lors, il semble très important pour un praticien de savoir si ses patients observent ou non les recommandations générales de cette diète.

Le bilan des acides gras érythrocytaires

Dosage acides gras érythrocytairesCe bilan nutritionnel et fonctionnel est un des plus importants des consultations de santé/médecine fonctionnelle, et il est le meilleur bilan du terrain inflammatoire dont nous disposons. Il s’agit de doser les acides gras dans les globules rouges (qu’on appelle aussi des érythrocytes). Cette analyse nous révélera la qualité des graisses de l’assiette des trois derniers mois (les graisses de qualité sont une base importante du régime crétois).

Elle nous permettra de répondre à beaucoup de questions : y a-t-il trop d’acides gras saturés dans l’assiette ? Mon patient a-t-il une consommation excessive d’acides gras oméga-6 ? Est-ce qu’il ingère trop d’acides gras trans ? Consomme-t-il assez d’oméga-3 (EPA, DHA notamment) ? A-t-il une bonne capacité d’utilisation des acides gras végétaux ?

Deux acides gras vont nous donner une appréciation particulièrement précise du terrain inflammatoire : il s’agit de l’acide eicosapentaénoique (EPA) et de l’acide arachidonique (AA). Plus précisément, ce bilan va nous permettre de calculer un rapport AA/EPA qui est sans doute l’un des meilleurs marqueurs du terrain inflammatoire. Un rapport AA/EPA élevé signifie qu’il y a beaucoup plus d’AA que d’EPA, révélant un terrain pro-inflammatoire (voir bilan ci-dessus). Un rapport AA/EPA bas traduit au contraire un terrain qui va moduler l’inflammation. Une correction des graisses de l’assiette et une supplémentation seront proposées en fonction des résultats de cette analyse.

Le bilan des caroténoïdes

Les caroténoïdes sont des pigments naturels qui apportent leur coloration jaune, orange ou rouge à de nombreux fruits et légumes. Les six principaux caroténoïdes qui sont dosés en routine clinique par les laboratoires d’analyses nutritionnelles sont le bêta-carotène, l’alpha-carotène, la bêta-cryptoxantine, le lycopène, la lutéine et la zéaxanthine. Les trois premiers sont desLe bilan des caroténoïdes précurseurs de la vitamine A. En cela, ils sont déjà importants. Mais par ailleurs, les caroténoïdes sont de puissants antioxydants. Le dosage des caroténoïdes dans son ensemble s’avère être un excellent reflet du régime méditerranéen et notamment de sa consommation de fruits et légumes. Mais me direz-vous, on n’a pas besoin d’analyse pour évaluer la consommation végétale d’un patient, on peut se contenter de ce qu’il déclare lors de l’enquête alimentaire.  Certes, pour la consommation le déclaratif peut suffire, mais pour l’assimilation c’est tout autre chose. En effet, de nombreux facteurs peuvent impacter l’absorption des caroténoïdes :
. La présence de gras dans l’assiette. Les caroténoïdes (tout comme la vitamine A, l’hormone D, la vitamine E et la coQ10) sont des nutriments liposolubles qui sont assimilés avec des acides biliaires (lesquels sont sécrétés lorsqu’il y a du gras dans l’assiette). Sans gras, la biodisponibilité des caroténoïdes est beaucoup plus faible.
. L’absorption des caroténoïdes dépend d’une bonne mastication. Les parois cellulosiques des végétaux doivent être broyées pour libérer ces pigments. Sans mastication, point de caroténoïdes absorbés.
. Des problématiques gastriques (comme l’hypochlorhydrie chez le sujet âgé notamment) ainsi que des pathologies de la muqueuse intestinale peuvent fortement limiter l’absorption des caroténoïdes.
. Il existe de très importants polymorphismes génétiques affectant la biodisponibilité des caroténoïdes.
Aussi, pour estimer de la manière la plus juste possible les taux de caroténoïdes chez une personne donnée, le dosage sera beaucoup plus fiable que la déclaration de ladite personne sur sa consommation de fruits et légumes.

Le bilan des acides gras à courte chaîne

Les acides gras à courte chaîne sont des molécules issues de la fermentation des fibres alimentaires. Ces petits acides gras sont très importants pour la santé intestinale (prévention du cancer colorectal ; anti inflammatoire, porosité, immunité…), mais aussi extra-intestinale (allergie, asthme, obésité…). Les fibres sont une composante essentielle du régime crétois. Le dosage des acides gras à courte chaîne (avec notamment le fameux butyrate) dans les selles permet d’évaluer la consommation des fibres, mais aussi la qualité du microbiote. À nouveau, on peut se poser la question de l’intérêt de ce type d’analyse.

Acides gras à chaîne courte

En effet, on pourra s’attendre à ce qu’un patient qui déclare consommer de bonnes quantités quotidiennes de fibres ait de bons taux d’acides gras à courte chaîne.

Mais ce n’est pas si simple, et ce pour deux raisons. Nombreux sont ceux qui pensent consommer suffisamment de fibres à travers leur consommation de fruits et légumes. Les taux recommandés par l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation) sont de 30 g/jour, ce qui est déjà nettement insuffisant. Malgré ces objectifs bien peu ambitieux, les données des études montrent que peu de gens les atteignent. D’autre part, les fibres consommées ne sont pas forcément celles qui amènent à la formation d’acide gras à courte chaîne, ces « molécules Graal » de la santé intestinale ! L’étude INCA3 révèle que les sources pour les 20 g de fibres que consomment les adultes français sont : 36 % de fruits et légumes ; 27 % de produits céréaliers ; 14 % de viennoiseries, pâtisseries, gâteaux, sandwichs, pizzas et tartes, et 10 % pour les pommes de terre et légumineuses. Outre le caractère peu recommandable de certains des aliments de cette liste, les fibres qui entretiennent notamment la production de butyrate sont surtout les suivantes : légumineuses (lentilles, pois chiche, fèves), pomme de terre refroidie, artichaut, oignon, ail, banane, asperge, froment complet (ou semi-complet), seigle complet (ou semi-complet), orge complet (ou semi-complet), topinambour, chicorée, et graines de lin broyées.

Un protocole de prise en charge personnalisé

Les trois analyses que l’on vient de voir permettent d’apprécier l’observance d’un patient à l’égard des recommandations générales de la diète méditerranéenne. Elles nous permettentPyramide alimentaire du régime crétois et les biologies aussi d’évaluer sa capacité physiologique à intégrer ces bons nutriments. Fibres, acides gras et caroténoïdes peuvent être en effet dans l’assiette, mais mal assimilés ou mal transformés. Ainsi, ces analyses permettent d’aller beaucoup plus loin que les déclarations de consommation. D’autre part, elles nous permettent d’impliquer davantage le patient dans ses protocoles santé. Ainsi, par exemple, tout le monde (ou presque) sait que les fibres sont essentielles pour être en bonne santé. Ce n’est pas un scoop et cela a peu de valeur ajoutée de donner lors d’une consultation cette recommandation générale à un patient. Mais avec l’analyse cela change tout. Cette recommandation générale devient personnalisée. Le patient peut se sentir concerné et il s’impliquera davantage si on lui conseille sur la base de son analyse de doubler l’apport de fibres dans son assiette tout en lui expliquant leurs intérêts.

Bien évidemment, une meilleure participation grâce à une personnalisation des conseils conduit à des meilleurs résultats cliniques.

 

Livre Maitrisez votre protocole santé
Bruno Mairet est ingénieur biochimiste diplômé de l’Institut National des Sciences Appliquée (INSA) de Lyon. Il est praticien en santé fonctionnelle. Formateur spécialisé dans les analyses nutritionnelles et fonctionnelles et co-fondateur avec son associée Guénaëlle Abéguilé d’un organisme de formation : DFM formations. Il enseigne l’usage de ces analyses non médicales à des professionnels de santé ou du soin (pharmacien, médecin, kinésithérapeute, naturopathe, diététicien, nutrithérapeute, …). Il est auteur d’un guide pratique des analyses : « Maîtrisez votre protocole santé avec les analyses nutritionnelles et fonctionnelles » à paraître en octobre 2023 aux éditions Résurgence.

Photo Sophie
Bruno MAIRET
Ingénieur biochimiste et Praticien en santé fonctionnelle
www.santevous9.fr