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NutritionSanté naturelle

Le reflux gastro-œsophagien : quittons le dogme de l’IPP !

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Cette pathologie en croissance continue, dont la prévalence globale en 2006 (indépendamment de la fréquence des symptômes) du RGO était de 31,3 % soit 1 français sur 3, est pourtant sujette à une thérapie symptomatique et non causale. Que de patients accompagnés par des inhibiteurs de pompes à protons (IPP) dont les doses augmentent lorsque la pathologie “résiste”. Et la prescription “à vie” ne fait pas peur aux prescripteurs souvent désemparés par la résistance du RGO. Se posent-ils les bonnes questions ? J’y réponds dans mon livre “Le grand livre de l’alimentation anti-reflux” aux éditions LEDUC.

Voici cependant les bonnes questions à se poser pour accompagner nos patients vers le soulagement et, pour un grand nombre, vers la guérison.

À quoi sert un IPP ?

Il sert à inhiber la production d’acidité gastrique en agissant sur la pompe à protons. Soit. Mais retenons qu’il encourage, bien que moins fortement que chez le rat, une hypergastrinémie responsable du rebond d’acidité sécrétée à l’arrêt soudain ou suite à des mois voire des années d’utilisation d’IPP.

Rien de mieux pour créer une dépendance non sans risque avec des malabsorptions (magnésium, fer, calcium, B12) et à long terme une perturbation du microbiote intestinal et un risque de SIBO, un risque ostéoporotique, un risque cardiovasculaire, des colites microscopiques, etc.

Mais le plus important, c’est surtout de retenir que l’acidité gastrique n’est pas la cause du reflux, elle en est un symptôme ! L’acidité est l’élément douloureux du RGO avec son action corrosive et les effets plus ou moins graves que cela génère. Mais elle est le symptôme exprimant que la barrière antireflux dysfonctionne. Enfin, rares sont les patients ayant un pH gastrique excessif.

Bon nombre de patients sont bien plus sur des sécrétions gastriques insuffisantes à l’heure du repas avec un “effet rebond” (reflux et acidité tardive en postprandial). Il s’agit bien souvent de leur redonner un rythme, d’attendre la faim voire de stimuler la production gastrique en début de repas… On parle de feu digestif en médecine traditionnelle chinoise avec le Qi et le Yang de Rate si important dans l’accompagnement de cette pathologie.

Connait-on les causes de dysfonctionnement de la barrière antireflux ?

Elles sont au nombre de 4 qui peuvent se cumuler dès que la cause est hormonale et nerveuse :

  • L'importance de l'alimentation sur le RGOLes causes mécaniques : on pense ici à la hernie hiatale (mais toute personne concernée n’a pas forcément de reflux !), à la sténose du pylore (reflux biliaire ?) ou au dysfonctionnement du sphincter pylorique provoquant un reflux du contenu gastrique vers le Sphincter Œsophagien Inférieur (SOI), à une pression ascendante importante dans l’abdomen due à la grossesse, au surpoids, à l’obésité, à de mauvaises postures pendant et après les repas, à des activités physiques et sportives l’estomac plein, à des repas gargantuesques ou à des fermentations gastriques et/ou intestinales (que les IPP peuvent facilement entretenir mais en taisant le symptôme !).
  • Les causes chimiques : on pense ici aux causes iatrogènes (médicaments dont les substances anticholinergiques), aux drogues (tabac et sa nicotine, alcool) et aux résidus de pesticides (substances anticholinergiques),
  • Les causes nerveuses : on pense ici aux stress physiques (activités physiques, grossesses, hypoglycémies…) et psychiques (émotions, surmenage mental…). Les IPP ne feront qu’accentuer la diminution de résistance au stress avec la malabsorption du magnésium et de la vitamine B12.
    Schéma d'un reflux et du fonctionnement normalRappelons que cette dernière est essentielle dans la neutralisation du peroxyde d’hydrogène, radical libre puissant qui ne fera qu’entretenir le cercle vicieux de l’inflammation des muqueuses digestives… Et qu’enfin les IPP ont comme effets notoires rapportés l’anxiété et la dépression, s’arrêtant cependant à l’arrêt du traitement. Je souligne ici que l’émotion colère par exemple provoquera facilement un “Qi Ni” (péristaltisme inversé) d’autant plus sur un “feu du foie” (qui pourrait s’illustrer par un stress chronique avec surstimulation du système nerveux sympathique et inflammation de bas grade et NASH par exemple)
  • Les causes alimentaires : certains aliments et préparations ralentissent la vidange gastrique, et/ou irritent les muqueuses œsophagiennes et gastriques, et/ou favorisent les hypoglycémies et la prise de poids qui s’ajoute comme cause mécanique. À noter enfin qu’un déficit protéino-énergétique est une cause possible de RGO et que les IPP en inhibant la production d’acide chlorhydrique, diminuent l’action de la pepsine et la bonne assimilation protidique. Enfin, les protéases pancréatiques qui pourraient prendre le relais sont sécrétées en réponse à l’acidité gastrique qui est inhibée… Tout est lié !

Finalement ces 4 causes de RGO désignent un dysfonctionnement et un relâchement du SOI.

Qu’est-ce qui renforce la fermeture du SOI ?

La sécrétion de la gastrine

Il s’agit d’une hormone produite par l’estomac (partie basse de l’estomac dite pylorique) et stimulant la production d’acide chlorhydrique.

Les protéines alimentaires et le calcium stimulent la sécrétion de gastrine

Remarque 1 :
Les IPP n’empêchent pas la sécrétion de gastrine, ce qui est positif. Le traitement d’IPP adéquat permet la guérison de l’œsophagite de reflux par absence d’acidité du reflux mais pas par arrêt du reflux. Celui-ci est cependant stoppé par le renforcement du tonus du sphincter œsophagien distal, ce qui est bénéfique pour stopper les complications ORL et respiratoires du RGO.

Remarque 2 :
La distension de l’estomac (l’impression d’avoir un ventre énorme) suite à un excès alimentaire et/ou liquide stimule la sécrétion de gastrine. MAIS la distension laisse supposer que la barrière anti-reflux (angle de His et SOI) soit malmenée et le RGO facilité.

Remarque 3 :
La gastrine augmente le péristaltisme du côlon distal, d’où l’effet secondaire recensé de “diarrhée” chez certains patients sous IPP. Ce qui permet d’éviter la constipation, déconseillée en cas de RGO !

Une stimulation du nerf vague via la stimulation de vos sens (odeur, goût et l’idée d’un repas).

La faim est ressentie quand tout est prêt (concentration en acide gastrique et en enzymes parfaite !) et l’appétit quand vos sens ordonnent le lancement des sécrétions digestives malgré une absence de besoin physiologiques.La relation à l'alimentation est fondamentale

Les IPP sont donc un outil intéressant pour taire la douleur et l’inflammation mais ils ne riment pas avec guérison.
Un patient sous IPP est soulagé mais pas guéri. Ce traitement doit servir à soulager le patient le temps de trouver la ou les causes de sa pathologie. Les bonnes pratiques limitent le traitement à quatre semaines, si les symptômes sont résolus. Seuls l’œsophage de Barrett ou des ulcères gastriques qui saignent, justifient le maintien du traitement.

Comme je le souligne dans mon livre, l’accompagnement devrait être pluridisciplinaire tant les causes sont multifactorielles avec des dimensions abordées et soignées par des médecines douces ou alternatives.
Une dysbiose, une constipation, une intolérance alimentaire, un stress chronique, des colères, du surpoids (et toutes les causes que cela implique), des anxiolytiques, une exposition aux pesticides sont autant d’éléments causals qui nécessitent de bien connaître son patient, de prendre le temps d’investiguer au lieu d’avoir un réflexe chimique incomplet, efficace sur le(s) symptôme(s) mais pas sur les causes.

Enfin la relation à l’alimentation est fondamentale dans cette pathologie comme le démontrent les facteurs de fermeture du SOI.

L’alimentation pleine conscience et ses outils (mastication, attention, intention, stimulation maîtrisée des sens…) sont une carte majeure à jouer pour les patients atteints.

livre de l'alimentation anti-reflux (par CA Winter)
Charles-Antoine WINTER

Diététicien nutritionniste, diplômé en nutrition du sportif et certifié en médecine traditionnelle chinoise
Consultations en Cabinet à Paris (PØLE RECUP) et à Redon (cabinet SYMBIOSE)
Auteur d’ouvrages aux Editions Leduc.S, conférencier et formateur

www.charlesantoinewinter.com


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