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Interview du Professeur Henri Joyeux – « Mieux vaut un bon menu qu’une ordonnance ! »

Itw Pr Henri Joyeux

« Mieux vaut un bon menu qu’une ordonnance ! »

Interview du Professeur Henri Joyeux pour Les Cahiers de la Bio-énergie n°58 Octobre 2014
Propos recueillis par Jade Perraud

Cancérologue – chirurgien digestif – Professeur de cancérologie et de chirurgie digestive à la Faculté de Médecine de Montpellier – Spécialiste en nutrition, alimentation et cancer – Président du mouvement « Familles de France » (libre de toute confession, politique, syndicat ou idéologie), Le Pr Henri Joyeux explique la relation entre la santé et les maladies de civilisation : le diabète, l’obésité, les cancers et les maladies auto-immunes (des rhumatismes à l’Alzheimer), à travers son expérience de chirurgien du cancer et de chercheur.

Jade Perraud : Bonjour Professeur Joyeux, pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?

Pr. Henri Joyeux : Après le lycée Joffre à Montpellier, j’ai fait le parcours classique à la faculté de Médecine de Montpellier où je suis entré en 1962. J’ai eu la chance de faire en une année les 2 premières années qui étaient testées dans notre fac et d’être reçu à l’Internat des Hôpitaux du CHU de Montpellier dès la 4ème année. J’avais 21 ans, nous étions 14. Certainement influencé par la vie chirurgicale passionnante et passionnée de mon père, j’ai immédiatement choisi la chirurgie.

Après une année et demi dans d’excellents services, la participation à la deuxième greffe de cœur française par le Professeur Nègre, un remplacement de chirurgien à Toulon, je suis parti comme jeune chirurgien en coopération au Maroc en octobre 1968. J’ai été nommé d’emblée chirurgien assistant à Tanger à l’Hôpital Al Kortobi avec un excellent patron d’origine Belge, Emile Beine, chirurgien qui avait une énorme expérience. Il m’a beaucoup appris.

Jade Perraud : Comment un médecin cancérologue en est-il arrivé à la prévention par l’alimentation ?

Pr. Henri Joyeux : Au retour du Maroc, en France au CHU je m’ennuyais sans grande responsabilité. Au fil du temps, j’ai pu mesurer combien le système actuel de formation des jeunes chirurgiens est mauvais aujourd’hui, car on les fait arriver trop tard. Les jeunes devraient pouvoir être interne beaucoup plus tôt pour celles et ceux qui bossent fort et vite.

Niveler par le bas comme on le voit aujourd’hui est une grave erreur et ce sont les malades qui dégustent. Les malades ne voient jamais le même médecin. Le lundi les internes arrivent et ne connaissent pas parfaitement les dossiers des malades. Ils vous donnent une seule raison, « je ne suis pas de garde » et s’ils vous aident pour une intervention difficile, ils ne suivent pas de façon rigoureuse les suites opératoires qui sont pourtant d’une extrême importance en particulier en chirurgie digestive et viscérale, ma spécialité.

Au retour du Maroc, j’ai failli revenir à Tanger, nostalgique des responsabilités fabuleuses que j’avais conquises avec Emile Beine. Heureusement on m’a confié à l’Institut du cancer de Montpellier, un sujet de thèse passionnant : la mise au point de « l’Intestin artificiel » qui consistait à nourrir par voie veineuse des malades en insuffisance digestive grave. Il s’agissait de leur apporter ce que les Américains ont appelé le ‘‘all in one’’, ou mélange nutritif, qui apporte dans une poche nutritive les 24 nutriments que nous consommons sans nous en rendre compte en mangeant chaque jour.

Avec les résultats de cet énorme travail j’ai pu présenter mes travaux dans le monde entier, invité par les plus grandes équipes de chirurgie et de cancérologie qui étaient limitées pour opérer des malades trop dénutris. J’ai pu ainsi créer un grand laboratoire de Nutrition et chirurgie expérimentale entre 1972 et 1992 où j’ai développé et formé de nombreux jeunes chirurgiens de pays très divers, du pourtour de la Méditerranée, d’Amérique du Sud, d’Europe de l’Est et même de Chine…

En 1992 j’ai été demandé par l’Institut Curie à Paris pour créer un service de chirurgie digestive et un laboratoire de recherche sur le thème « nutrition et cancer », mais je me suis rendu compte assez vite que les promesses n’étaient pas tenues. En 1997, je suis revenu avec toute la famille – nos 6 enfants – vers Montpellier où j’ai développé à l’Institut du cancer, activités chirurgicales et de consultation.

Passionné par la réanimation postopératoire et la renutrition des malades trop fatigués et dénutris, j’ai pu d’abord démontrer les relations entre la nutrition et les possibilités chirurgicales ce qui a permis de sauver beaucoup de patients autrefois abandonnés à la mort rapide.

En 1980 j’ai été nommé professeur de cancérologie et chirurgien des hôpitaux et en 1986 pour laisser la place à un jeune collègue, professeur de chirurgie digestive.
Au fur et à mesure de mon expérience chirurgicale et de nombreuses consultations de malades atteints de cancer, j’ai assez vite repéré les relations positives ou négatives entre l’alimentation et les localisations cancéreuses. J’ai alors mis au point des modèles expérimentaux de tumeurs cancéreuses chez de petits animaux (les rats wistar) et j’ai confirmé d’autres études internationales en suivant les volumes des tumeurs selon des régimes alimentaires différents en qualité et quantité caloriques.

Les relations aliments et cancer devenaient évidentes. Ainsi dès 1985, j’ai publié pour le grand public mon premier livre d’alerte « Aliments et cancer » qui en est à sa 7ème édition sous le titre « Changez d’Alimentation » aux éditions du Rocher.
J’ai arrêté en juillet 2014 mon activité chirurgicale et poursuis une activité de consultations à l’ICM de Montpellier. Ainsi je guide les patients souvent gravement atteints et les confie quand c’est nécessaire à l’excellente équipe cancérologique dirigée par le Pr Jacques Domergue. Cette équipe est au top, aux niveaux techniques de la chirurgie, de l’anatomopathologie, la radiothérapie, la chimiothérapie, l’immunothérapie et la biologie, constituée de nombreux élèves et amis. Les patients que je vois arrivent souvent de loin en France mais aussi dans les pays périphériques.

Jade Perraud : Pourquoi et comment des cellules peuvent-elles devenir cancéreuses ?

Pr. Henri Joyeux : Nous avons tous dans notre corps des cellules pré-cancéreuses ou cancéreuses qui ‘‘dorment’’, donc ne sont pas actives. Par exemple je peux avoir des cellules capables de développer un cancer du poumon ou de la prostate, mais pour qu’elles se développent, il faudra soit que je fume au moins 10 cigarettes par jour pendant plusieurs années, soit que je consomme des hormones masculines pour du body building ou une alimentation qui contient des facteurs de croissance qui ne sont pas destinés à un organisme humain. C’est ce qu’on appelle l’épigénétique. Une nouvelle science passionnante.

Ainsi je donne beaucoup de conférences au grand public, dans des salles pleines, en expliquant comment « fabriquer » tel ou tel cancer, afin de savoir comment tout faire évidemment pour l’éviter. Aujourd’hui on connaît de mieux en mieux les causes des cancers, ce qui est philosophiquement intéressant car si la science les cerne de mieux en mieux, on peut déculpabiliser Dieu – qu’on y croit ou qu’on n’y croit pas – de la maladie cancéreuse malheureusement de plus en plus fréquente.

Jade Perraud : Voyez-vous des évolutions dans les pathologies cancéreuses de vos patients ?

Pr. Henri Joyeux : Oui, on voit de plus en plus de patients atteints, avec des lésions cancéreuses. Les lésions les plus fréquentes touchent le sein, la prostate et le système immunitaire sous forme de lymphomes dans n’importe quelle partie du corps. On observe aussi de plus en plus de cas de cancers du tube digestif, jonction entre œsophage et estomac du fait des reflux entre estomac et œsophage et plus d’atteintes colorectales.

On observe, ce qui est plus grave, un rajeunissement de la population atteinte. Il est lié à la consommation de plus en plus précoce du tabac et ce qui est encore plus dangereux la diffusion de la consommation du haschisch que les jeunes ne savent pas être OGM, c’est-à-dire nettement plus fortement concentré en produits toxiques.
Les jeunes croient que le hasch est écologique, car il pousse dans le jardin ou sur le balcon. Malheureusement ils comparent 3 à 4 joints à 3 à 4 cigarettes… Les plus dangereux, et de loin, sont les joints qui abîment, réduisent, perturbent les défenses immunitaires et en plus intoxiquent les neurones pour augmenter schizophrénie, paranoïa et même agressivités gratuites.

Jade Perraud : Pensez-vous que les chimiothérapies soient toujours justifiées ?

Pr. Henri Joyeux : Il faut distinguer les chimiothérapies des thérapies ciblées qui visent normalement uniquement la tumeur ou les tissus cancéreux.
Il est bien vrai que les oncologues médicaux poussés par les laboratoires forcent les indications de chimiothérapie considérant que cela ne coûte rien au patient, pris en charge à 100% par l’assurance maladie. En réalité ce sont nos impôts qui payent ces dépenses inutiles, lesquelles augmentent les rentrées des laboratoires pharmaceutiques cotés en bourse.

Trouvez-vous normal que les labos fassent de l’argent sur le dos des malades et recherchent des actionnaires en créant trop souvent des maladies imaginaires ?

Il y a des abus chez des personnes âgées. A un âge avancé, l’évolution de la maladie est plus lente et les chimiothérapies sont mal supportées et même dangereuses. On voit aussi ces abus chez des personnes qui sont à un stade avancé de la maladie cancéreuse, chez lesquels la chimiothérapie est testée et ne peut que raccourcir la vie. Il s’agit d’acharnement thérapeutique inutile et dangereux, alors que des soins d’accompagnement aident les patients à vivre mieux et même plus longtemps.

Jade Perraud : Que pensez-vous du jeûne thérapeutique en cancérologie ?

Pr. Henri Joyeux : Il est d’abord rendu souvent obligatoire par le stress avant la chimiothérapie, par les médicaments eux mêmes qui créent nausées et/ou vomissements, le jour du traitement et un ou deux jours supplémentaires.

Les travaux des chercheurs ont montré l’incontestable intérêt du jeûne dans les 3 jours de traitements qui permettent de mieux supporter les chimiothérapies. Je le conseille, mais il ne s’agit pas de rien prendre. Il s’agit de ne pas surcharger son estomac et le reste du tube digestif. Il faut s’orienter vers les boissons douces, tisanes, jus de légumes et de fruits frais…, jeûner de produits laitiers et toutes les addictions sucrées qui ne peuvent que nourrir les cellules cancéreuses avides de sucres et de faux sucres. Évidemment cela va souvent à l’encontre des conseils des diététiciennes, lesquelles sont trop souvent formées par les firmes pharmaceutiques qui se sont diversifiées vers les aliments dits « santé » non seulement pour les malades mais jusque dans les crèches et les maisons de retraite.

Jade Perraud : Sur le domaine de la prévention, les mentalités ont-elles évolué ?

Pr. Henri Joyeux : Elles évoluent incontestablement, mais plus du coté grand public qui est très attentif et passionné, que des autorités qui font semblant de s’y intéresser. Ces dernières n’ont pas encore compris les énormes économies de Santé qui peuvent en résulter, bloquées à la fois par les lobbies pharmaceutiques et notre système de santé qui n’a pas encore su allier intelligemment les établissements privés et publics.

Les jeunes médecins l’ont compris sans que leur formation universitaire soit fortement orientée vers la prévention. On parle de « prévention secondaire » quand il s’agit de « dépistage précoce », alors que personne n’a envie de se retrouver avec un cancer. Il est préférable de prévenir par une information de qualité qui doit expliquer quelles sont les personnes à risque plutôt que de vacciner tout le monde. Par exemple, on fait chaque année près de 6 millions de frottis vaginaux en France – au coût total de 43,70 e chacun – alors que 500 000 sont nécessaires pour détecter 3500 cas de cancer du col utérin et éviter 1000 morts par an.

Jade Perraud : Vous avez bien connu le Dr. Seignalet, est ce que ses enseignements sont toujours d’actualité ?

Pr. Henri Joyeux : Dès 1996 j’ai accepté de préfacer la première édition du livre de mon collègue Jean Seignalet, contre l’avis de nombreux collègues. Jean était en avance, beaucoup ne l’ont pas compris et le rejoignent aujourd’hui. Ce sont les femmes de mes collègues qui ont rejoint en premier face aux catastrophes du THS de la Ménopause (augmentation importante des cas de cancers du sein et du corps utérin), face aux complications de leurs rhumatismes, aux troubles digestifs liés à la porosité intestinale des intolérances au Gluten et au gavage aux produits laitiers.
Son livre « Alimentation, 3ème Médecine » qui devrait s’appeler « 1ère Médecine » circule encore sans publicité très largement, dans la population car de nombreuses personnes sont améliorées ou guéries en suivant sa méthode.

Jade Perraud : La presse dit que les cancers se traitent de mieux en mieux… Partagez-vous cet optimisme ?

Pr. Henri Joyeux : Oui, il faut être optimiste pour certaines localisations encore trop peu fréquentes. Par exemple, les tumeurs de l’estomac dites GIST (Gastro- Intestinal-Stromal-Tumor) sont de mieux en mieux contrôlées par les thérapies ciblées qui peuvent transformer en quelques mois une tumeur de la grosseur d’une orange en celle d’une noix. De même pour les chimiothérapies dans les cas de cancer de l’ovaire où après la chirurgie, la chimio évite les récidives qui étaient inéluctables.

Un autre énorme progrès a été réalisé avec la radiothérapie des cancers de la prostate associée ou non à des traitements anti-hormonaux. Elle doit permettre d’éviter l’ablation totale de la prostate encore effectuée chez 22 000 hommes en France, avec ses conséquences sexuelles éprouvantes. La chirurgie au robot, excellemment pratiquée par mon collègue et ami le Pr. Philippe Rouanet constitue aussi une grande avancée qui permet d’éviter l’anus artificiel définitif. A l’ICM de Montpellier nous recevons des malades de toute la France et de l’étranger qui évidemment n’ont pas envie de se retrouver avec ce type de handicap.

Jade Perraud : Au niveau de l’alimentation, quels sont les aliments à privilégier et ceux à éviter ?

Pr. Henri Joyeux : Ce serait trop long de vous l’expliquer dans cette interview déjà très large. Je vous renvoie à la 7ème édition de mon livre « Changez d’Alimentation » aux éditions du Rocher.
(www.professeur-joyeux.com)

Jade Perraud : On entend beaucoup parler de maladies de civilisation, maladies auto-immunes. Faites-vous un lien entre la porosité intestinale et ces grandes maladies de civilisation ?

Pr. Henri Joyeux : Certainement. Nombre de ces maladies sont liées à de mauvaises habitudes alimentaires qui se généralisent. La porosité intestinale desserre les jonctions serrées existantes entre les cellules intestinales dites « entérocytes », les perturbe et laisse passer de mauvaises molécules qui se distribuent dans l’organisme selon les susceptibilités génétiques de chacun. Il devient donc nécessaire de fournir à ces cellules l’énergie princeps dont elles ont besoin pour bien fonctionner : la glutamine à forte dose pour les entérocytes et des acides gras à chaîne courte (acide butyrique, propionique et acétique) pour les colo ou colono-cytes.

Jade Perraud : Quelles règles d’or pourriez-vous donner à nos lecteurs ?

Pr. Henri Joyeux : La prévention des cancers est possible comme celle de nombreuses maladies auto-immunes à leur début : diabète, obésité, et maladies touchant le tube digestif (Crohn, Rectocolite), le système cutané (psoriasis, lupus, sclérodermie, eczéma…), le système musculaire (polymyosite, fibromyalgie…), le système nerveux (Alzheimer, Parkinson, Sclérose en plaques et Sclérose latérale amyotrophie), le système articulaire et osseux (spondylarthrite ankylosante, polyarthrite, ostéoporose…), la thyroïde dans les cas de thyroïdite, le système génital avec le syndrome prémenstruel et les troubles de la ménopause…

Cela veut dire que notre corps est cohérent et que les conseils alimentaires que l’on donne sont utiles pour contrer toutes ces maladies de civilisation de plus en plus nombreuses. A l’alimentation, – manger mieux et meilleur – il faut ajouter, le stress qu’il faut apprendre à gérer dans un monde difficile et anxiogène, la respiration, les éliminations quotidiennes et tout le domaine affectif si perturbé aujourd’hui qui remplit les cabinets des psys lesquels sont à l’origine de consommation excessive de tranquillisants, anxiolytiques, somnifères, antidépresseurs.

Jade Perraud : Comment trouver facilement tous vos bons conseils ?

Pr. Henri Joyeux : Dans mes lettres hebdomadaires que reçoivent près de 250 000 personnes. Pour la recevoir gratuitement il suffit de donner son adresse mail sur le site : www.santenatureinnovation.com
Évidemment les informations les plus précises sont dans mes livres présentées sur mon blog.

Sur le web : PrJoyeux.comConférencesLa Lettre du Pr Joyeux.
Médias Sociaux : FacebookTwitterLinkedInViadeo.
YouTube : Santé & Conseils Spiritualités – Citoyenneté – Enfants & Familles.
Informations : Prévention – Santé – Familles.

Vous pouvez recevoir gratuitement cette interview en version numérique en faisant la demande par courriel : contact@copmed.fr
La revue Les Cahiers de la Bio-énergie est une publication trimestrielle des Laboratoires Copmed.
Elle est disponible à l’abonnement : 28€ pour 4 numéros.
Demande à faire parvenir avec le règlement à : Les Cahiers de la Bio-énergie 93 boulevard Ampère 79180 Chauray ou renseignements par téléphone au 05 49 28 36 69 ou par courriel : contact@copmed.fr


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